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Graduate School of International Cultural Studies,Tohoku University, Japan
Periodical of the Department of European Cultural Studies

European Studies
no.4 (July 2004)





LE COADIC, Ronan
Apprendre pour se sauver

    Les résultats scolaires des Bretons figurent parmi les meilleurs de France et sont bien supérieurs à ce que permettrait d'attendre la situation socio-économique de la péninsule. Leur explication ne doit-elle pas être recherchée dans la culture propre de la Bretagne ? C'est l'hypothèse de l'auteur qui, constatant un surinvestissement des Bretons dans l’éducation de leurs enfants, remonte dans le passé pour en chercher les motivations. À travers trois modes d’apprentissage ? la tradition (orale, en breton), l'instruction (écrite, en français) et l'éducation ?, il se demande dans quelle mesure les Bretons ne chercheraient pas, en apprenant, à se sauver individuellement et collectivement...



ROBERT, Pierre-Edmond
Marcel Proust, de la critique aux critiques

Chez Marcel Proust, la critique littéraire a précédé l’écriture romanesque, et cela dès son année de rhétorique au lycée Condorcet en 1887-1888, quand à 16 ans il a écrit ses premiers articles dans un « journal de classe ». Son titre, Le Lundi, rappelle les « Causeries du lundi » du grand critique du XIXe siècle, Sainte-Beuve, modèle avant d’être le repoussoir de l’inachevé Contre Sainte-Beuve puis de la Recherche du temps perdu. Plus tard, Proust a souhaité être feuilletoniste littéraire dans Le Figaro et La Nouvelle Revue Française. Devenu le plus grand romancier de son temps, il a encore pratiqué tous les registres de la critique, à la fois à l’extérieur et à l’intérieur de son roman.

À l’extérieur : ses préfaces aux traductions de La Bible d’Amiens et de Sésame et les Lys de Ruskin, les fragments d’essai de Contre Sainte-Beuve, les préfaces à Propos de peintre — De David à Degas, de Jacques-Émile Blanche, à Tendres Stocks de Paul Morand — cinq cents pages, d’Essais et articles. À l’intérieur : la préface de Jean Santeuil et les passages de la Recherche du temps perdu dont la critique littéraire constitue l’objet premier, comme dans La Prisonnière, la leçon de littérature que le héros donne à Albertine et dans Le Temps retrouvé les remarques sur les écoles, les mouvements littéraires et le discours de la critique.

Le Temps retrouvé conclut la Recherche du temps perdu par un système de la littérature et des arts qui refuse les hiérarchies de la tradition académique. Dans la Recherche du temps perdu, l’art militaire ou de la toilette, ou culinaire, l’art dramatique sont sur le même plan que les arts dits majeurs. Si Proust tente de définir l’oeuvre d’art, il laisse surtout l’esquisse d’une synthèse critique originale.




KOBAYASHI  Fumio

Sur les "dessins" dans Le petit prince

   Nous nous proposons ici de lire Le petit prince de Saint-Exupéry comme l'histoire d'une guérison mentale. La guérison de quelqu'un qui, dans son enfance, a vécu un grave traumatisme dont il n'est pas conscient. Ainsi pourrait-on expliquer pourquoi l'aviateur porte toujours son "Dessin numero 1" et pourquoi il répète, chaque fois qu'il montre son dessin en tant que narrateur, qu'il dessine mal à cause des grandes personnes qui ont considéré son "chef d'oeuvre" comme un chapeau, alors que ce dessin représentait un boa qui digérait un éléphant. Les grandes personnes ont nié la réalité de cet enfant. Ce fut donc un accident fatal pour celui-ci. Cette narration « pathologique » est donc la manifestation inconsciente de son trauma. Et le petit prince n'est pas autre chose qu'une allégorie de son enfance, la seule guérison possible : elle rétablit le lien direct entre le moi actuel de l'aviateur et le moi du petit enfant qu'il était. C'est à dire que l'aviateur retrouve son identité grâce au petit prince imaginaire qui lui demande de dessiner un mouton. C'est uniquement en dessinant de nouveau qu'il pourra assumer la réalité de son enfance perdue. C'est également un acte de redécouverte de l'authenticité de son existence : il prend conscience du mal qu'il avait souffert dans son enfance. C'est donc une sorte d'auto-guérison à travers la méditation. Nous, lecteurs, une fois sensibles à ce trauma, nous partagerons avec l'aviateur cette allégorie du petit prince comme une existence indispensable.




NOMURA Keisuke
Remarques sur les dirigeants bordelais du 19e siècle:
autour de la formation du Comité commercial de Bordeaux en janvier 1860

Tout au long du XIXe siècle, les Bordelais connurent des mouvements libre-échangistes, dont celui du Comité commercial de Bordeaux, déclenché en faveur de la fameuse lettre impériale adressée au ministre d’État en janvier 1860. Les historiens ont toujours considéré le mouvement du Comité comme représentatif du monde des dirigeants bordelais, ainsi que comme situé sur la ligne directe d’histoire libre-échangiste de la ville, sans y remarquer le moindre antagonisme. Notre but est de distinguer, au sein des dirigeants bordelais, surtout commerciaux, les attitudes hétérogènes, observées autour de la formation de ce Comité.

Dans cet article, nous analysons deux aspects majeurs: (1) les discours principalement du Comité, de la Chambre de commerce de Bordeaux, et des journaux locaux importants comme La Gironde, Le Mémorial bordelais, etc. ; (2) les compositions personnelles de quelques organisations concernées, à commencer bien entendu par le Comité et la compagnie consulaire de Bordeaux. Suivant ces démarches, nous arrivons à dévoiler, à travers le monde des dirigeants bordelais, la portée ou la représentativité du mouvement, dirigé par le Comité commercial, remarquant une opposition virulente entre l’ordre établi du lieu et le Comité. En effet, on peut voir, dans cette histoire du Comité, les opposants importants soit comme Duffour-Dubergier, grand négociant et au même temps président de la Chambre de commerce de Bordeaux, soit comme A. Gautier, maire de Bordeaux. Tout ce qui nous invitera aux recherches plus poussées sur les dirigeants bordelais, par exemple sur les mutation et continuité des membres de la Chambre de commerce de Bordeaux, que les historiens ont jusqu’à nos jours privilégiée comme organisme prépondérant de la ville.




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